Entre deux pages

Le marque-page est la déclinaison moderne du signet. Mince rectangle de papier, de tissu, de cuir, de plastique voire de métal, il permet de repérer un passage ou une citation dans un livre. Une sorte de memento entre les pages… Aujourd’hui le marque-page est devenu un support publicitaire : c’est un peu le « flyer » des éditeurs, des organisateurs de salon et, plus largement, des métiers du livre.

Il existe même des collectionneurs, des signopaginophiles (voir et encore ) qui peuvent se rencontrer à l’occasion de salon et de bourses d’échange tel le Salon du signet et du livre de Muret (4e édition cette année).

Pour les bibliophiles, cliquez sur le lien ci-après afin de découvrir l’histoire d’un curieux signet à roulette.

Qu’on se rassure, je ne vais pas tenter de retracer l’histoire du signet dans cet article. C’est un marque-page unique, une création contemporaine qui m’a inspiré ; pas la création d’un grand designer mais un marque-page « fait maison » que j’ai trouvé dans un livre pour enfant sage, un peu vieille France, paru à la fin des années 60. Un modeste objet du quotidien, chargé d’une part d’intimité, qui raconte une histoire et qui nous renvoie à nous-mêmes, voilà bien le type d’objets qui m’intéresse.

« Lire c’est vivre » ou la lecture, c’est la vie.

Voici la première face du marque-page sous-titré « MARQUE DE LECTURE ». Le dessin, maladroit et de facture naïve, représente un paysage : une rivière coule paisiblement entre deux arbres (un conifère et un feuillu) et, en bas, au premier plan, vole un oiseau. Le dessin a été tracé au crayon à papier puis les traits ont été repassés au stylo bille noir et, enfin, l’ensemble a été colorié aux crayons de couleur (crayonné + encre + colorisation comme en BD). Le marque-page a été découpé (au cutter d’après la netteté des coupes et les hésitations) dans un rectangle de carton beige d’environ 1 mm d’épaisseur. Les angles ont été arrondis (arrondissure supérieure et inférieure diffèrent nettement).
On aura reconnu un dessin enfantin exécuté en réemployant les incontournables fournitures scolaires réservées aux cours de dessin en fin d’école primaire ou au collège. Etant donné la volonté de composition du dessin (pas si élémentaire qu’il n’y paraît), les deux styles d’écriture (un essai d’effet en relief dans le sous-titre), je pense qu’il s’agit plutôt d’une élève en première année de collège.

« Lire c’est vivre » ou la lecture, c’est la vie. Je pense que c’est ainsi qu’il faut l’interpréter. La lecture est associée à la vie dans une nature saine, équilibrée, à un sentiment d’apaisement. L’oiseau en plein vol pourrait symboliser la légèreté, l’esprit.

« Lire, c’est la santé » ou autoportrait avec Bécassine

Au revers du marque-page figure la jeune lectrice. Le dessin est toujours aussi maladroit : disproportion entre le corps et ses extrémités (mains et pieds), incohérence anatomique dans la représentation du corps assis-couché, etc. Mais il faut reconnaître un certain souci du détail : la forme de la tête s’inscrit dans les arrondis supérieurs et, au niveau du visage, deux couettes séparent la chevelure brune en deux rideaux qui mettent en valeur de grands yeux bleus. Sous un pull bleu à manches longues, la jeune fille porte une chemise blanche à col rabattu. Sans doute porte-t-elle une jupe (l’album de Bécassine posé sur ses genoux cache sa taille et son bassin) car les jambes sont de couleur chair. A ses pieds, dont les talons sont, semble-t-il, appuyés sur un petit tabouret, des chaussures dont les semelles indiquent la pointure 37 (la dessinatrice tenait absolument à faire figurer cette information). Dans cette position décontractée, la jeune fille profite de sa lecture favorite : la bande dessinée Bécassine (on notera le souci du détail dans la reproduction de la couverture).

Donc, « Lire, c’est la santé ». En effet, pratiquer la lecture est bénéfique car cette activité apaisant permet de lutter contre le stress, elle améliore les capacités d’attention, etc. Le site internet de l’association Silence, on lit ! nous renseigne sur les multiples bienfaits de la lecture. Cette association a réussi à obtenir que certains établissements scolaires incitent (obligent ?) leurs élèves à lire pendant un quart d’heure tous les jours (visitez leur site ab… so… lu… ment).

Saines lectures ?

Les deux devises choisies par la dessinatrice m’intriguent : « Lire, c’est la vie » et « Lire, c’est la santé ». Pourquoi avoir présenté la lecture comme une activité prophylactique alors que les jeunes conçoivent avant tout la lecture comme un divertissement agréable (voir l’intéressant article de La Croix reprenant une étude du Centre National du Livre) ? Jadis, on parlait de « saines lectures » mais il s’agissait moins d’un rapport à la santé qu’un rapport à la morale (point de vue d’adulte).
Par contre, ce marque-page est l’œuvre d’une jeune fille. Rien d’intriguant à cela : d’après une étude réalisée par le Centre National du Livre en 2017 (Les Français et la lecture synthèse intéressante à consulter en ligne), les grands lecteurs (plus de 20 livres par an, 31 % des lecteurs en 2019) sont… de grandes lectrices ! 93 % de femmes interrogées déclaraient lire des livres et 30 % d’entre elles reconnaissaient « lire beaucoup ». Alors, pas de doute, notre petite artiste était alors une grande lectrice !

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